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Voyage en Transylvanie, aux origines de Dracula

Par Alexandre Barrand, le 26 octobre 2021

 

 

La période d’Halloween a fait émerger dans l’imaginaire collectif une multitude de créatures, plus ou moins surhumaines, aux attributs souvent démoniaques. Elles ont investi la littérature à la fin du XIXe siècle, puis le cinéma au XXe, créant une véritable fascination dans l’opinion publique. Après les sorcières et les fantômes, c’est sans doute la figure du vampire qui apparaît le plus dans les œuvres . Et qui dit vampire, dit nécessairement Dracula. Comment cet intrigant personnage est-il né ? De quels lieux et personnalités mythiques son histoire est-elle inspirée ? Plongeons au cœur de la Transylvanie pour percer les origines de ce nébuleux personnage.

 

Le roman

 

 

Le personnage du vampire Dracula tel que nous le connaissons aujourd’hui, a été créé par l’écrivain britannique Bram Stoker. Son roman éponyme paru en 1897, raconte l’histoire de Jonathan Harker, un jeune clerc de notaire anglais venu en Europe de l’Est pour conclure une affaire immobilière. Celui-ci part à la rencontre du comte Dracula, dans la région reculée de Transylvanie, dans l’actuelle Roumanie. Il y trouve l’intéressé qui vit seul dans son immense château dépourvu de domestiques. L’écrivain le décrit comme « un grand vieillard, rasé de près, si l’on excepte sa longue moustache blanche, et vêtu de noir des pieds à la tête,  […] ses mains aussi froides que de la glace, ressemblent davantage aux mains d’un mort qu’à celles d’un vivant. […] elles sont grossières : larges, avec des doigts courts et gros. […] le milieu des paumes est couvert de poils. Toutefois, les ongles sont longs et fins, taillés en pointes ». Harker passe alors plusieurs semaines en compagnie de cet intrigant comte, dont les attributs de vampire vont être de plus en plus manifestes. L’homme au goût prononcé pour le sang humain, et rampant la tête à l’envers le long de murs escarpés, devient alors un danger pour notre clerc de notaire. 

 

Aux origines, un souverain emblématique de la région

 

 

A l’origine de ce personnage fantastique transylvanien, on trouve un souverain emblématique de la région:  Vlad III Țepeș, surnommé « l’Empaleur », ayant vécu au XVe siècle. Il est issu de la dynastie des Drăculea (signifiant « fils du dragon » en roumain médiéval), dont le nom fut repris par Bram Stoker pour nommer le personnage littéraire du comte vampire Dracula. Comment l’écrivain en est-il venu à assimiler le souverain à une créature démoniaque assoiffée de sang humain ? L’histoire et les traditions populaires nous éclairent…

Dès son enfance, Vlad assista aux supplices les plus horribles, notamment l’empalement, pratiqués alors par les conquérants ottomans. Il sut visiblement s’en souvenir lorsqu’à son tour, il dut punir en 1457 les personnes impliquées dans l’assassinat de son père. Il aurait fait supplicier les femmes et les enfants, et obligé les hommes survivants à une marche de cent kilomètres puis les aurait épuisés et humiliés en leur faisant reconstruire une citadelle de leurs mains. 

C’est sans aucun doute à cause de la fureur qu’il eut contre ses ennemis ottomans que Vlad acquit son surnom de “l’empaleur”, et il ne l’a pas démérité ! En effet, lorsque les émissaires du sultan refusèrent de retirer leur turban devant lui, il leur cloua à la tête et les empala. Des centaines d’officiers turcs vaincus moururent de la sorte. La « Forêt des pals », où étaient exposés les corps des suppliciés, se trouvait aux alentours du château de Vlad et ne laissait aucun doute sur la fermeté du prince. Il aurait d’ailleurs également réservé un supplice tout aussi horrible aux minorités qui le dérangeaient (gitans, mendiants, etc…) en les brûlant vifs. 

Au total, on attribue à Vlad le bilan macabre de 40 000 personnes assassinées sous ses ordres. De quoi lui consacrer une solide réputation de tyran sanguinaire. 

 

Des châteaux fantastiques 

 

Pendant une grande partie du XIXe siècle, la figure de Dracula ne pénétra pas dans l’imaginaire collectif roumain. Et pour cause, la censure des régimes en places – nationalistes puis communistes – refusait que la figure de Vlad III Țepeș soit associée à celle d’une personne démoniaque. A cette image, ils préféraient celle – bien plus galvanisante pour la population – d’un souverain ferme contre les puissances étrangères, proche de son peuple, et ennemi des nobles et des bourgeois. Toutefois, la libéralisation des mœurs après la chute du régime communiste ne put retenir l’engouement occidental pour l’histoire de Dracula et de sa région, la Transylvanie. Les mânes de touristes à la recherche de frissons transformèrent le pays en région touristique, où chaque localité revendique aujourd’hui le passage (souvent peu, voire pas sourcé) du souverain Vlad Dracula. Parmi ces lieux, un édifice retient l’attention des voyageurs, tant il est rattaché à la figure mystérieuse du vampire Dracula : le château de Bran. 

Bien que Vlad III n’ai effectué qu’une brève halte au cours de sa vie, c’est bel et bien ce monument qui inspira Bram Spoker pour son roman Dracula. Depuis, l’édifice construit au XIVe siècle s’est autoproclamé “château de Dracula”, et les touristes s’y précipitent. Il faut dire qu’il dispose de sérieux atouts pour vous plonger dans l’imaginaire fantastique du célèbre vampire. Perché en haut d’une colline boisée isolée, ses hautes tours chapeautées de toits pointus lui confèrent une allure austère et intimidante. Bien évidemment, les gestionnaires surfent sur la vague en proposant diverses attractions à frissons, notamment pendant la période d’Halloween.

Si vous êtes à la recherche de davantage d’authenticité, la citadelle Poenari saura vous combler. Celle-ci a bel et bien été érigée et habitée par Vlad III pour lutter contre les incursions ottomanes. Perchée en haut d’une montagne, la ruine offre une vue époustouflante.  Selon la légende, les lieux seraient hantés, une fois la nuit tombée, par la femme de Vlad l’Empaleur qui se jeta, autrefois, du haut de la falaise, pour échapper aux mains d’ennemis. Encore une légende effrayante qui finira de vous plonger dans l’univers lugubre de Dracula en Transylvanie. Bon voyage !