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Le domaine du Montmarin, Ille-et-Vilaine par Bagalad – les humains du patrimoine

Par Bagalad – les humains du patrimoine, 

« Si je devais choisir entre le château et le jardin, je garderais le jardin. J’ai toujours aimé mettre les mains dans la terre, et je me sens plus jardinier que châtelain. Les deux ont en commun des valeurs de conservation, de transmission, de durabilité. Ça n’est pas ma mentalité d’arracher les buis malades du parc, mais d’utiliser la botanique pour les sauver. Jardin et château reposent aussi sur la passion : ce ne sont pas des carrières, mais des choix de vie. Moi, ma notion de patrimoine est végétale. Quand on dit ‘patrimoine’, on pense toujours aux pierres ; pourtant, les seuls témoins de l’histoire complète du Montmarin, ce sont les arbres. Le magnolia devant la façade fut planté vers la Révolution française : il a traversé les siècles, vivant tout ce que la maison vécut, sans pouvoir le raconter. Je trouve cela génial. Le château possède trois jardins : un jardin à la française, un parc romantique à l’anglaise, et une rocaille de l’entre-deux-guerres. Chacun reflète la mode de son siècle – la même qui fit évoluer l’architecture du château. J’aime ce terme de ‘jardin historique’ : l’histoire du parc se mêle à celle du château, les revenus de l’un entretiennent l’autre, et ils sont bâtis sur le même sol, la même terre. Montmarin n’est pas un château, mais un écosystème : je l’ai renommé ‘domaine’. Ce même environnement naturel, dans un bras du fleuve protégé des vents du nord, a rendu possible au XVIIIe siècle un projet hors-norme, en contrebas du parc : un chantier naval privé, financé sur fonds propres, dont plusieurs bateaux ont rejoint la flotte royale. C’est un paradoxe du lieu : aujourd’hui, on imaginerait qu’un apport industriel ‘gâche’ le château, mais c’est du port qu’est né l’âge d’or de Montmarin. Cela montre qu’on ne peut juger le patrimoine à l’aune des seuls critères du présent. Nous ne sommes que des passeurs : ce sont nos maisons, mais elles nous dépassent, et s’ancrent dans le temps long. Nous avons simplement cette chance, inouïe, d’être pour un temps les opérateurs du lieu, de l’aider à continuer son histoire. »

 

« On ne choisit pas où l’on va naître, et j’ai eu la chance de tomber ici. Six générations de ma famille ont vécu dans ce château où j’ai grandi. En ouvrant le parc au public, mes parents sont les premiers à l’avoir partagé. Enfant, j’ai observé leur projet se construire, pas à pas. J’ai vu le jardin évoluer, de façon hallucinante, au contact du public. Aujourd’hui, je souhaite prolonger l’œuvre de mes parents en ouvrant l’intérieur du château. Cela ne peut faire que du bien, au bâtiment comme aux gens, car il y a dans le patrimoine une dimension sociale captivante. Créer un salon de thé dans le parc, exposer des artistes, apprendre aux enfants les couleurs à partir des fleurs et le cycle de la vie dans le potager… Pour moi, le château n’est plus une maison familiale mais un laboratoire de rencontres et de découvertes. Je souhaite en faire un lieu de vie, où les gens se sentent bien. J’y trouve beaucoup de sens. Bien sûr, il y a des revers. J’ai longtemps vu mes parents souffrir du mythe du châtelain. Enfant, j’étais différent parce que j’avais une particule et un château. Pourtant, il y a une nuance entre la vie de château et la vie au château. En souhaitant conserver le château, on s’affranchit de la valeur qu’il représente. Je ne suis pas un riche châtelain : je serais riche si je vendais le château – et alors je ne serais plus châtelain. Ce château est notre ‘boulet doré’, une passion épuisante où l’on se jette à corps perdu. Une urgence en dissimule toujours une autre. Quelques mois après que mes parents aient ouvert le parc au public, la tempête de 1987 a arraché 300 arbres centenaires, avant que celle de 1999 n’achève de le détruire. J’ai grandi avec ces ravages. Vingt ans plus tard, alors que je décidais d’ouvrir l’intérieur au public, la pandémie a bouleversé mes plans. Mais si je me plains, mon père me rappelle 1987. Il me dit que c’est ma tempête à moi. Après ça, le château et moi pourrons survivre à tout. »

– Thibault, 31 ans, agriculteur et régisseur

 

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Le Domaine du Montmarin, Ile-et-Vilaine – bagalad