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Les jardins en Folies !

Par Maylis d’Amade, le 11 Mars 2021

Bienvenue dans l’univers exotique des fabriques de jardin ! Autrement appelées “folies”, les fabriques constituent ces éléments architecturaux construits dans les jardins et qui emmènent le visiteur dans des contrées lointaines et romantiques. Entre kiosques, ponts chinois, temples tout droits sortis de l’Antiquité ou encore grottes artificielles, nous vous avons sélectionné les plus beaux héritages architecturaux qui parsèment nos jardins.

 
 

Un peu d’histoire…

 

A l’ère littéraire et philosophique du romantisme, les esprits tendent à recréer dans les jardins un petit bout d’exotisme oriental, chinois ou emprunté à l’Antiquité. Véritable révolution dans le monde paysager, les fabriques sont progressivement apparues dans les jardins anglais, puis se sont popularisées dans toute l’Europe à partir du XVIIIème siècle.

 

Constituant le cœur des jardins anglo-chinois, les fabriques suscitent la surprise, la réflexion ou deviennent des lieux idéals pour les rendez-vous galants tant leur esthétique et leur charme fascinent. Et pour cause, parfois qualifiés de “bâtiments incompris”, les fabriques sont nées pour illustrer les promenades, accompagner le visiteur vers un ailleurs ou ont même eu une véritable utilité : métairies, glacières, laiterie comme celle de la Reine à Rambouillet.

 

Voici les 4 types de fabriques que vous pourrez rencontrer au cours de vos pérégrinations patrimoniales :

  • Les fabriques classiques : totalement inspirées de l’Antiquité, elles se composent de temples, de colonnes et de rotondes.

  • Les fabriques champêtres : elles ont été construites pour recréer une atmosphère authentique et bucolique. Parmi les exemples les plus connus, vous retrouverez le Hameau de la Reine, la Chaumière au Coquillages (Domaine de Rambouillet)

  • Les fabriques exotiques : créées en rapport avec les voyages, elles s’inspirent des architectures japonisantes et orientales (pagodes, pont chinois, temple ou pyramide)

  • Les fabriques naturelles : elles reproduisent des éléments de la nature comme des rochers ou grottes artificielles.

 

Les étonnantes fabriques de jardins

Nous commençons notre périple en Normandie, non loin du Mont-Saint-Michel au Château de Chantore. Dans cette demeure du XVIIIème siècle, vous découvrirez au détour des bosquets et des massifs en fleurs, un temple inca ou encore une tour surplombant la végétation et les paons en liberté.

N’oubliez pas d’emporter votre appareil photo, la robe ébène des chevaux frisons se mariera à perfection avec l’architecture romantique des fabriques de Chantore.

 

En remontant vers le Nord, vous pourrez apprécier les balades dans le parc labellisé “Jardin Remarquable” du Château de Canon situé en plein cœur du Pays d’Auge. Magnifique écrin de verdure, le parc abrite quelques fabriques comme un kiosque chinois ou un temple antique rappelant les “fêtes galantes” décrites par Watteau dans ses tableaux.

 

Au Château de Beaumesnil, situé près de Lisieux, vous serez sûrement intrigués par l’étrange petite montagne flottant sur l’eau et jouxtant le château. Sorte de motte féodale, le labyrinthe circulaire de verdure accueillait tous les rendez-vous galants qui pouvaient avoir lieu à l’abri des regards, cachés par les bosquets d’ifs et de buis.

 

Enfin, au Château de Vendeuvre, vous serez surpris par les jets d’eau qui se déclenchent aléatoirement, arrosant les plus téméraires qui oseront s’aventurer dans les jardins à la découverte de ses fabriques. Là, le thème du romantisme y est le plus représenté avec la grotte artificielle constellée de coquillages qui n’est pas sans rappeler la célèbre Chaumière aux Coquillages construite pour la Reine Marie-Antoinette à Rambouillet.

 
 

Groussay et ses célèbres folies

 

Œuvre unique de Charles de Beistegui, nous vous proposons de découvrir les fameuses fabriques du château de Groussay, connues et reconnues dans toute l’Europe.

 

Homme extravagant et mondain, Charles de Beistegui s’est autorisé une totale liberté architecturale en rachetant et rénovant le Château de Groussay. Là, il s’est servi de ses nombreux voyages pour créer dans son parc de véritables

 

 petits bijoux que l’on peut continuer d’admirer. Avec les influences de l’artiste peintre Alexandre Serebriakoff et de l’architecte-décorateur cubain Emilio Terry, Beistegui conçoit un univers végétal et architectural des plus exotiques. Une tente tartare aux intérieurs bleutés, un pont palladien, une colonne observatoire, une pagode chinoise en passant par une pyramide de briques roses aux allures romaines, la découverte du parc est aussi riche que celle du château !

Et pour cause, tel un nouveau Gatsby, Charles de Beistegui aura marqué les esprits en organisant le fastueux “Bal du Siècle” dans un palais vénitien rassemblan

 

t tout ce que la planète comptait d’intellectuels, d’artistes et de milliardaires.

 

C’est en visitant Groussay et ses fabriques que vous retrouverez ce goût de la démesure, du faste et de l’exotisme !

 
 

Les fabriques de Méréville au Domaine de Jeurre

   

Dans l’univers des fabriques, les plus passionnés d’entre vous connaîtront sûrement les folies du Domaine de Méréville. Derrière la construction des fabriques du domaine, un drame a secoué l’histoire de la famille de Laborde qui a vu ses deux fils périr dans un naufrage.

     
 

Éplorés de douleur, les parents firent ériger au cœur de leur propriété une colonne rostrale en hommage aux disparus ainsi qu’un temple de la piété filiale dédié à leur fille Nathalie. Malheureusement, à la suite du décès des parents, Méréville passa de main en main et les fabriques se dégradèrent au fil du temps. Monsieur de Saint-Léon, propriétaire du domaine voisin, le Domaine de Jeurre, racheta les fabriques de Méréville et les transporta pierres par pierres afin de les reconstruire dans sa propre propriété.

 
 

Si vous prenez le train de Paris en direction de Bourges, vous pourrez apercevoir la colonne rostrale, le temple, la laiterie de Méréville et le fronton de Saint-Cloud qui bordent les chemins de fer juste avant d’arriver à Etampes.

 
 

L’incongru Désert de Retz

Créé à la fin du XVIIIème siècle, le Désert de Retz est une des curiosités majeures des Yvelines. Composé à l’époque de plus d’une vingtaine de fabriques représentant chacune une civilisation, le Désert de Retz fascine autant qu’il intrigue.

 

Le créateur, François de Monville rêve d’universalité en agençant un jardin anglo-chinois peuplé d’essences rares et de fabriques des plus exotiques : maison chinoise, temple du Dieu Pan, église gothique, tente tartare, théâtre de verdure, glacière pyramidale et même colonne antique dans laquelle il avait élu domicile. Situé seulement à une quarantaine de kilomètres de la capitale, vous pourrez découvrir ce merveilleux site au dépaysement garanti !

 

Photographies :