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Les jardins du patrimoine : itinéraire de deux passionnés

Par Flore Mauvisseau et Maylis d’Amade

 
Rencontre avec Jean de Saint Venant du Château de Valmer et Louis Albert de Broglie du Château de La Bourdaisière

Nombreux sont les propriétaires et gestionnaires de domaines historiques à se spécialiser pour le patrimoine jardinistique et/ou viticole de leur domaine, au point d’en faire leur métier. Une double casquette inspirante dont deux d’entre eux témoignent aujourd’hui, Louis Albert de Broglie, propriétaire du Château de La Bourdaisière et Jean de Saint Venant, gestionnaire du Château de Valmer.

Le domaine de Valmer, situé sur des coteaux calcaires, domine la vallée de la Brenne en Touraine. Son origine remonte au XVIe siècle, lorsqu’un des conseillers de François Ier entreprend la création de jardins à Valmer. Les différents édifices du domaine sont ensuite construits sous Louis XIII, dès 1640

Aujourd’hui riche de 300 hectares de terres et de bois, le domaine du Château de Valmer comprend aussi un vignoble de 36 hectares, des jardins en terrasses Renaissance – avec un potager conservatoire -, une demeure privée le “Petit Valmer” et une chapelle troglodytique, creusée dans le tuf en 1524. Son château principal a malheureusement disparu en 1948, lors d’un incendie. Un élégant château d’ifs le symbolise à présent, à l’emplacement même de l’ancien édifice.

Également situé en Touraine, le Château de La Bourdaisière, construit à la Renaissance sur les bases d’une forteresse médiévale, connaît au fil des siècles une riche histoire et des propriétaires emblématiques, comme Gabrielle d’Estrée. Le château est entouré d’un jardin potager et d’un vaste parc aménagé au XIXe siècle.

 

L’histoire des lieux

Valmer, une riche histoire familiale

Le domaine de Valmer est acheté en 1888 par Paul Lefèvre, arrière-grand père des propriétaires actuels, le Comte et la Comtesse Aymar de Saint Venant. Au fil des décennies, les différents membres de la famille s’attellent à la restauration du domaine, à l’embellissement des jardins et au développement du vignoble. Aymar et Alix de Saint Venant reprennent la gestion de Valmer en 1972 et l’ouvrent aux visiteurs en 2000.

Jean de Saint Venant, leur fils, incarne la cinquième génération de cette famille passionnée. C’est en 2009 qu’il reprend la partie viticole du domaine et agrandit le vignoble. Il suit des études de commerce à Paris, travaille quelques années en région parisienne à la Défense et décide finalement de s’orienter dans une formation en œnologie et viticulture dans le mâconnais. En 2018, il reprend une gestion du site plus journalière, soulageant ses parents des contraintes importantes inhérentes à la gestion du site.

J’ai été rattrapé par l’atavisme familial des vignes et jardins, s’amuse Jean de Saint Venant, à mes quatorze ans, je savais que je vivrai à Valmer sans savoir qu’elle serait ma fonction. A vingt ans, la passion du vin a pris le dessus”.

La Bourdaisière, un coup de foudre

C’est dans les années 1990 que Louis Albert de Broglie tombe sous le charme du Château de La Bourdaisière situé en Touraine. Pour cet ancien banquier, c’est le coup de foudre et surtout une intuition très forte pour le potager du château dans lequel il crée le Conservatoire National de la Tomate.

Deux potagers, une vision commune : préserver et faire connaître la biodiversité

Les jardins de Valmer, une esthétique retrouvée au service de la botanique

Les jardins du Château de Valmer sont composés de plusieurs terrasses à l’italienne, ordonnés sur plus de huit niveaux délimités par des balustrades élégantes, clin d’œil aux villas italiennes Renaissance.

Alix de Saint Venant s’appuie sur les plans du XVIIe siècle pour redonner aux jardins leurs tracés de l’époque. Quant au potager conservatoire, il s’étend sur un hectare, observant un dessin classique du XVe siècle. Depuis 2014, une collection de fleurs comestibles est développée aux côtés des légumes anciens. Botaniste et paysagiste, Alix de Saint Venant souhaite avant tout mettre en valeur, faire connaître et développer ces variétés peu communes. Ainsi, près de 3500 variétés y sont cultivées.

La Bourdaisière, un laboratoire expérimental

A son arrivée à La Bourdaisière, Louis Albert de Broglie se dit saisi par le potentiel de ce château de la Renaissance et, deux ans après son rachat, décide d’y créer le Conservatoire National de la Tomate reconnu par le CCVS (Conservatoire des Collections végétales spécialisées).

“Personne ne réalisait que c’était une richesse, c’est un laboratoire, mais aussi une économie avec, comme première action, celle de préserver et transmettre.” affirme t-il.

Véritable militant pour l’écologie positive, Louis Albert de Broglie se dit inspiré par La Bourdaisière qu’il conçoit comme un “démonstrateur servant à répliquer et développer un modèle environnemental pour les acteurs de la micro-agriculture.” C’est donc au Conservatoire de la Tomate, recensant plus de 700 variétés de tomates, que le “Prince Jardinier” espère inspirer et faire reconnaître ces aspects de la préservation de la biodiversité, notamment auprès des cuisines et des professions de la restauration.

Cultivées selon un mode d’agriculture raisonnée, les tomates parsèment les parterres verdoyants de touches orangées, rouges et jaunes et ravivent le passionné de la nature qui porte un regard engagé. Les jardins représentent ainsi un univers de mystère et d’émerveillement du vivant pour ce collectionneur qui voue un culte particulier aux dahlias. Jardin contemporain de plus de 400 variétés, le Dahliacolor est une merveille de curiosité et suscite l’étonnement. Des couleurs flamboyantes pour attirer le regard et souligner l’extraordinaire biodiversité de La Bourdaisière. En somme, un château-laboratoire éclairé de couleurs et éclairant.

Un dialogue respectueux avec la nature : une valeur commune aux deux domaines

L’agrandissement du vignoble de Valmer

 

Jean de Saint Venant nous précise le projet de ses ancêtres lors de l’achat du domaine : la création de 150 hectares de vignes. Or, le XXe siècle et son histoire mouvementée font évoluer ce projet, entre les deux Guerres mondiales et la crise du phylloxera. En 1936, une nouvelle appellation donne une dimension nouvelle au projet : “Il y a eu la création de l’AOC – Appellation d’Origine Contrôlée – pour les vins de Vouvray, juste après le Champagne, donc plus de 80 ans d’expérience aujourd’hui. L’idée était de remodeler le vignoble”, explique-t-il.

 

Lorsque ses parents arrivent à Valmer, il ne reste que 4 hectares de vignes. Son père choisit dès son arrivée de replanter 15 hectares. À son tour, Jean de Saint Venant décide d’augmenter le vignoble de 4 hectares dès 2009, puis en 2014. Sa volonté est de développer le domaine avec essentiellement du chenin blanc. Aujourd’hui, les 36 hectares de vigne permettent de produire des vins blancs secs, demi-sec, moelleux et pétillants.

 
 

Nourrir la planète à La Bourdaisière : un pari pour l’avenir

En vrai défenseur d’un nouvel humanisme, le prince souligne le défi d’aujourd’hui auquel il s’attelle avec ferveur.

 

“Il faut repenser notre rapport à la terre et à l’alimentation. L’un des enjeux réside dans la manière de nourrir son corps, son esprit à travers une hygiène de vie qui intègre un nouveau pacte avec la Nature”.

 

Au cœur de son engagement pour mieux nourrir la planète, Louis Albert de Broglie tente de concilier agriculture conventionnelle et agroécologie par la création de micro-fermes. Ainsi, a été co-créée avec Maxime de Rostolan la Ferme de la Bourdaisière, et l’association Fermes d’avenir repris par le groupe SOS, par lesquels des programmes de formation ont été développés.

 

“Le groupe SOS a décidé d’arrêter la gestion de la ferme de la Bourdaisière la veille du Covid, donc nous travaillons l’heure actuelle sur la reprise en direct (le covid nous retardant).”

 
 

La programmation événementielle des domaines

Les événements à Valmer, partager le patrimoine culturel et viticole

 

Le Château de Valmer propose une offre patrimoniale différente des autres sites patrimoniaux emblématiques de la région – et pour cause, il n’y a plus le château initial ayant été détruit. La programmation est donc axée sur l’œnotourisme. Des balades découvertes sont organisées, mais également des événements sur les jardins, des dégustations, des Caves Ouvertes et, nouvellement créés, les Valmerapero!

 

Nous les avons créées l’an passé, et ils ont très bien fonctionné en juillet et août : les gens avaient besoin de se retrouver au grand air ”, se souvient son gestionnaire.

 
 

Des projets pour transmettre à La Bourdaisière

 

Véritable plaidoyer pour la transition écologique en France, le Château de La Bourdaisière, dans sa vocation démonstrative, propose dès lors de nombreux événements pour éveiller les consciences.

 

Le Festival de la forêt et du bois, organisé le 5 & 6 juin 2021, sera une adaptation à la nature, une sorte de land-art destiné à l’éducation”, poursuit le prince avec des Olympiades dans la forêt, des ateliers en famille de plantation d’arbres et d’autres activités surprises !

 

“On organisera également un parcours santé, de bien-être avec des exercices physiques qui montrent l’importance de la bonne nourriture avec le Conservatoire de la Tomate et le potager. C’est une innovation pédagogique, une école du vivant !”.

 
 

De nouvelles perspectives …

 

Valmer fourmille de projets !

 

Le développement des activités du domaine est au cœur des projets de la famille Saint Venant : des hébergements et de la location de tournage sont envisagés, ainsi que l’enrichissement de l’événementiel. Jean de Saint Venant nous précise : “L’idée est de faire venir du monde, les jardins ont toujours été considérés comme des salles de spectacles, fait pour recevoir. Ce ne sont en aucun cas des sites créés pour un simple plaisir personnel. Il s’agissait d’en faire un lieu de culture !” Un beau clin d’œil à sa fonction initiale !

 
 

Deyrolle, un renouveau éducatif et artistique

 

Après son rachat en 2001, la maison Deyrolle connue pour ses planches naturalistes et ses cartes de France devient propriété du prince. Continuité logique des enjeux de préservation de la biodiversité au Château de La Bourdaisière, Deyrolle représente aussi une pérennité, un patrimoine mais aussi un réel outil pédagogique.

 

“L’essentiel de la production d’idées en matière de préservation du patrimoine et de la biodiversité se traduit par l’éducation par le beau.”, confirme Louis Albert de Broglie.

 

Le 29 juin prochain une exposition sera inaugurée à La Bourdaisière. Intitulée ”Dessine-moi ta planète” elle fera la pédagogie d’une “écologie positive’” à travers une lecture du Petit Prince combinée au langage de Deyrolle abordant l’art, l’éducation par le biais de créations nouvelles dans le parc, les jardins et les caves de la Bourdaisière. A travers 10 étapes d’un parcours expérientiel, voici un nouveau récit de l’écologie universelle fondé sur ces 2 institutions du patrimoine national, les texte du Petit Prince et la maison bi-centenaire Deyrolle.

 

Des planches naturalistes avec ces oiseaux multicolores aux papillons aux ailes éphémères piqués dans des globes, Deyrolle montre la puissance du monde vivant, un monde fragile, en constante évolution, une promesse de l’invisible. Un défi à relever pour transmettre ce bel héritage aux générations futures tout en s’adaptant au vivant. Voilà le pari de ce prince jardinier, un éternel émerveillé…

Ne manquez pas de découvrir, lors devos pérégrinations en Touraine, ces deux lieux emblématiques du patrimoine jardinistique !

Rendez-vous sur leurs sites ( liens hypertexte) pour plus d’informations !

 
 

Propos recueillis par Flore Mauvisseau et Maylis d’Amade


Photographies
  • Les jardins du Château de Valmer, ©léonard-de-serres

  • Portrait de Jean de Saint Venant ©léonard-de-serres

  • Portrait de Louis Albert de Broglie ©marc-dantan

  • Château de Valmer ©chateauvalmer

  • Château et jardins de la Bourdaisière ©labourdaisière

  • Conservatoire National de la Tomate ©conservatoirenationaldelatomate

  • Papillon bleu “morpho didius” ©deyrolle